La thérapie intégrative comportementale de couple

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Andrew Christensen et Neil Jacobson ont développé la thérapie intégrative comportementale de couple en associant à la thérapie comportementale de couple orientée sur le changement des interventions destinées à améliorer l'acceptation émotionnelle. Dans le chapitre qu'ils ont écrit en collaboration avec K. Koerner dans le recueil «Acceptance and change: Content and context in psychotherapy», l'analyse des aspects problématiques de la relation de couple motivant la mise en oeuvre de stratégies d'acceptation est décrite comme suit :

Au cours de l'évolution d'une relation amoureuse, les partenaires découvrent inévitablement que leurs désirs et leurs besoins ne sont pas (en tout cas pas toujours) les mêmes. Ces différences peuvent concerner la capacité de chacun à donner et à recevoir un soutien émotionnel, la priorité relative donnée au travail, à la famille et à des buts personnels, la préférence donnée à la spontanéité ou au calcul dans la manière de passer le temps libre ou de dépenser l'argent, le style de prise de décision ou d'exercice de la fonction parentale, etc. Ils parviendront facilement à élaborer des compromis dans certains domaines mais d'autres pourront entraîner des conflits intenses et douloureux. Tous les couples trouvent des moyens de résoudre les conflits mais les couples consultant un thérapeute le font souvent parce qu'ils ont développé l'habitude de réagir à leurs différences sur un mode coercitif. L'un ou l'autre partenaire (ou les deux) essaie de résoudre le conflit en tentant de faire changer l'autre, d'obtenir de lui ce qu'il veut, ce dont il a besoin, en recourant à des moyens de plus en plus aversifs (bouderie, plaintes, pleurs, attitude d'ignorance, paroles culpabilisantes ou humiliantes, menaces de rupture, etc.) Dans la mesure où il résiste avant de céder, le partenaire mis sous pression augmente la probabilité que l'autre va devoir «augmenter le volume» pour obtenir le changement qu'il désire. En cédant par intermittences, il va sans le vouloir renforcer les techniques mises en oeuvre. Les deux partenaires adoptent habituellement à tour de rôle la position active et la position passive dans les interactions coercitives qui conduisent au développement d'un cercle vicieux de plus en plus aversif et douloureux pour chacun.

Les auteurs comprennent comme suit le fait qu'un tiers environ des couples traités en thérapie comportementale de couple «classique» n'en tirent pas de bénéfice :

L'explication la plus pragmatique de ces échecs est que les partenaires sont incapables de mettre en oeuvre les changements qui leur sont demandés.Quand ils en arrivent à consulter un thérapeute, ils sont enfermés dans des positions antagonistes, avec une attitude d'incrédulité ou de cynisme à propos de la capacité de l'autre à changer, aucun ne voulant prendre le risque d'un changement tant que l'autre ne fait pas le premier pas. Même les interventions les plus simples de l'approche traditionnelle exigent que le couple collabore. Vouloir étayer la thérapie sur la collaboration est une recette garantissant l'échec quand les positions dans le couple sont polarisées de manière rigide. De plus, l'apprentissage de nouvelles compétences n'aide pas le couple à éviter ou à désamorcer les disputes. (...) En même temps, les efforts du thérapeute en vue d'aider le couple à utiliser le renforcement positif pour favoriser le changement sont mis en échec parce que les habitudes qui se sont naturellement développées dans le cours de la relation ont affadi et affaibli les renforçateurs qui augmentaient dans le passé l'intimité et le plaisir. Les auteurs soulignent encore le caractère envahissant d'une problématique qui ne se laisse que difficilement ramener à des déficits spécifiques susceptibles d'être palliés par l'apprentissage de compétences précises : La résolution de problèmes appliquée ponctuellement à chaque manifestation est inefficace en raison du grand nombre de comportements différents servant la même fonction. Ils mentionnent aussi le fait que le thérapeute, mis en situation d'échec, va être tenté d'appuyer sa démarche sur des attitudes directives et des renforcements artificiels qui vont s'avérer contre-productifs lorsqu'on souhaite augmenter l'intimité. Ils concluent en disant que la dernière et la plus importante des raisons pour lesquelles les approches traditionnelles orientées sur le changement, utilisées seules, risquent de rester inefficaces, réside dans le fait que les différences qui entretiennent le conflit ne sont peut-être simplement pas accessibles à un changement. Ces limites sont en parties dues au choix du partenaire. Les facteurs qui conduisent au choix du partenaire ne sont pas forcément celles qui favorisent la longévité de la relation, et les différences qui ont au départ attiré les partenaires l'un vers l'autre ne vieillissent pas toujours bien. Les différences peuvent aussi s'exacerber en réaction à des changements à l'intérieur ou à l'extérieur de la relation. Il devient beaucoup moins facile de poursuivre ses propres intérêts après la naissance du premier enfant; manquer de confiance en ses propres capacités ne devient un problème que lorsque le partenaire a connu une promotion sociale; un conflit entre économiser et dépenser devient manifeste au moment où les revenus diminuent avec l'entrée en retraite.

Les auteurs proposent donc d'intégrer dans le travail thérapeutique des interventions d'acceptation émotionnelle (AE).

Le terme «acceptation émotionnelle» désigne un changement dans le contexte interpersonnel influençant la réponse émotionnelle du partenaire qui se plaint. Ce changement survient en plus – et parfois en lieu et place – d'un changement du comportement problématique de l'autre. Le thérapeute structure l'interaction du couple durant la thérapie de telle manière que chacun des partenaires cesse de lutter pour changer l'autre et en vienne à appréhender le comportement jusque-là aversif de l'autre d'une manière nouvelle permettant d'amorcer, à propos des problèmes et des différences, un dialogue favorisant l'intimité (...) Le principe directeur du travail d'acceptation émotionnelle est d'identifer dans les modalités d'interaction du couple, dans le contenu des désaccords, les contingences associées avec la souffrance, l'accusation et les reproches. Ensuite, plutôt que d'essayer d'enseigner de nouveaux comportements qui n'ont que peu de chances de s'établir dans des circonstances peu favorables (un exemple serait de vouloir enseigner des compétences de communication au milieu d'une dispute) les interventions d'AE visent à modifier les aspects marquants de la situation de manière à tirer le meilleur parti des capacités des partenaires à répondre à la souffrance de l'autre avec compassion. Les interventions d'AE créent un contexte qui va naturellement exploiter le répertoire positif existant chez chacun des partenaires pour augmenter l'intimité et diminuer la détresse (...) Les interventions d'AE s'appuient sur les réponses émotionnelles normales. Une intervention d'AE, la réunion empathique autour du problème, augmente l'acceptation émotionnelle parce qu'elle amplifie la tristesse et la déception qui encouragent une approche empathique et qu'elles entrent en compétition et interfèrent avec les reproches, la colère et le repli défensif. La plupart des gens ont une longue histoire de comportements d'approche, de réconfort, de commisération et de consolation devant la détresse d'une personne aimée. Ainsi, dans le contexte d'une dispute, des commentaires du thérapeute soulignant ou modifiant certains aspects de la situation en rendant plus manifestes les émotions susceptibles de modifier l'empathie augmentent la probabilité que ces aspects vont exercer un contrôle sur le comportement. Ils vont aussi conduire rapidement à la modification de la manière qu'a la personne d'appréhender et de répondre à ce qui la dérangeait puisque la signification s'en trouve radicalement modifiée, d'où un effet allant bien au-delà du vécu dans la séance de thérapie. Quand le thérapeute réussit à favoriser l'acceptation émotionnelle, il en résulte une réorganisation des comportements en faveur d'un répertoire potentiellement disponible qui va bloquer les comportements problématiques ou interférer avec eux.