2.1.3. Le conditionnement aversif

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Une des raisons pour lesquelles le comportementalisme a mauvaise presse réside dans l'assimilation qui en est faite avec des techniques de conditionnement aversif telles qu'elles ont été illustrées dans le film de Stanley Kubrick «Orange mécanique».

Les manuels de thérapie comportementale (comme par exemple l'ouvrage classique de Martin et Pear) mettent en garde contre les risques inhérents à l'utilisation des techniques aversives et les questions éthiques qu'elles posent. L'excellent Coercion and its Fallout de Murray Sidman n'a jamais été réédité (ni traduit en français) mais reste disponible d'occasion. On peut en résumer le propos comme suit : Les techniques aversives de modification du comportement sont efficaces mais elles ont des effets secondaires dévastateurs. Elles peuvent conduire à la suppression temporaire du comportement visé mais n'ajoutent rien au répertoire comportemental du sujet chez qui elles favorisent l'émergence de stratégies de dissimulation, d'échappement et de fuite, la personne ou l'instance administrant la contrainte ou la punition acquérant automatiquement le statut d'un stimulus aversif.

Skinner était un utopiste qui rêvait de développer une science du comportement qui permettrait de définir et de mettre en place des conditions de vie garantissant à chacun le maximum de liberté (voir à ce propos son ouvrageWalden 2). Cette position continue à inspirer ceux qui se réclament de la tradition behavioriste. La notion de liberté n'est pas incompatible avec une position déterministe. Nous pouvons concevoir la liberté comme un état dans lequel notre comportement est soumis à un minimum d'influences résultant de processus de conditionnement aversif.

D'un point de vue théorique, les points suivants sont importants pour comprendre la thérapie ACT :

1. L'association d'une conséquence punitive avec un stimulus quelconque donne lieu à un conditionnement aversif. Lors de présentations futures du même stimulus, les conséquences pour l'organisme conditionné seront de trois ordres:
a. Une réaction neurovégétative
b. Le déclenchement de comportements d'évitement
c. La cessation de tout autre comportement dans lequel l'organisme était engagé. Le conditionnement aversif a donc pour conséquence un rétrécissement marqué du répertoire comportemental.

2. Le langage et la forme d'intelligence qui lui est associée (et qui le rend possible) représente un mécanisme de survie particulièrement efficace. Il a aussi ses inconvénients : Des objets et des notions qui ne sont pas présents peuvent donner lieu à un conditionnement aversif chez l'être humain. On sait que beaucoup de chiens connaissent des réactions anxieuses marquées devant les feux d'artifice habituellement tirés lors de la fête nationale suisse qui est aussi un événement à l'occasion duquel rues et maisons sont pavoisées; on n'a cependant jamais vu un chien se mettre à trembler devant un drapeau suisse, alors qu'un être humain est capable de ce type d'extension qui peut se poursuivre à l'infini et qui a notamment pour conséquence que des notions abstraites et des «événements privés» comme des pensées, des émotions ou des sensations corporelles peuvent donner lieu à un conditionnement aversif chez l'homme avec pour conséquence les trois réactions 1a, b et c décrites plus haut.

Le but du traitement n'est pas tant de réduire les composantes 1a et 1b que de restaurer autant que possible une flexibilité comportementale en présence du stimuli aversif. Nous aimerions que, en même temps qu'il a peur, le sujet puisse continuer à s'engager dans des activités autres que l'évitement et la fuite. Ce but est poursuivi grâce à des exercices d'exposition, d'activation comportementale et de défusion.